Agricool-ture

Ils font pousser des fraises hors sol, dans un environnement artificiel, entièrement conçu par l’Homme.

En quoi cela remet-il en question nos connaissances de l’existant ?

L’humanité franchit une nouvelle étape sur l’échelle de la domestication de la nature.

CONTEXTE

Agricool est une entreprise française, basée sur Paris, qui fait pousser des fraises dans des cooltainers (cf. containers).

Leur mission : Rendre les produits de qualité accessibles dans les grandes villes.

Histoire : Fils d’agriculteurs, ils ont toujours été concernés par le métier de leurs parents.

Problème : dé-corrélation entre les besoins des citadins et les productions agricoles.

Depuis les Trente Glorieuses (1945-1973), l’ensemble de la chaîne de valeur d’un produit agricole est optimisé pour la résistance au transport et non dans le but de délivrer un produit de qualité aux consommateurs. Le fruit est cueilli avant maturité et est “modifié” de façon à résister le plus longtemps (au moins) visuellement. Outre l’aspect nutritionnel, le fruit ou le légume n’a aucune saveur gustative.

Alternatives existantes : l’agriculture urbaine grâce aux friches ou même grâce aux cultures sur les toits. Cependant, ces méthodes agricoles sont limitées en matière de capacité de production et donc en terme de rentabilité. Cela implique un faible intérêt pour les leaders de l’industrie agro-alimentaire.

Ce qui nous passionne

Héritière de traditions séculaires et à la pointe des nouvelles technologies, l’agriculture est le parfait exemple où tradition rime avec innovation.

Cependant, faire pousser des fraises hors du sol, sans soleil et sur un plan vertical, ça, l’Homme n’y avait pas encore pensé, Agricool l’a fait.

Il s’agit là d’une innovation de rupture.

Un container de 30m² produit l’équivalent à l’année d’un champ de 4000m². Cette statistique nous permet aisément d’imaginer les impacts de cette innovation sur l’agriculture moderne ainsi que sur nos habitudes alimentaires.

Tout semble alors envisageable :

  • rendre les centres urbains autonomes en fruits et légumes
  • ne plus être dépendant du climat et de ses aléas
  • pouvoir produire sur n’importe quelle surface, avec n’importe quel climat
  • dire adieu à la faim dans le monde
  • etc…

Et pourquoi pas même, produire sur une autre planète.

Les cooltainers sont presque autonomes en énergie et tendent à optimiser l’utilisation de l’énergie nécessaire pour produire les fraises.

L’eau utilisée est en circuit fermé et l’ensemble de la production est filmée et peut être pilotée à distance. Cerise sur le gâteau, Agricool a domestiqué les insectes colonisateurs et ainsi optimisé leur usage.

Cela signifie que la startup parisienne a intégré des bourdons au sein de l’écosystème du cooltainer. Elle a étudié leurs habitudes et compris comment en optimiser le rendement.

Les plans de fraise ne voient jamais le soleil, ils sont alimentés en lumière par des leds, aux intervalles lumineux étudiés et optimisés pour la production. Toutes les conditions optimales sont réunies pour produire les meilleures fraises, que ce soit d’un point de vue nutritif comme gustatif.

Une fois les fraises cueillies, elles n’ont pas à parcourir les 1500 km en moyenne qui séparent les producteurs des consommateurs. Elles sont revendues dans les commerces à proximité des cooltainers.

Évidemment, les plans n’étant soumis à aucun stress d’origine bactérienne, animale ou environnementale, les fraises ne sont exposées à aucun pesticide, insecticide ou autre substance chimique.

Il serait également intéressant de mesurer l’impact carbone pour la production d’une fraise.

 

 

 

FOCUS

Gonzague Gru

Gonzague Gru

Cooltivateur de fraises

Nous avons demandé a Gonzague, co-fondateur d’Agricool, comment un fils d’agriculteur à réussi à sortir des sentiers battus et ainsi remettre en question ses connaissances de l’existant.

Quel est le lien entre éducation et innovation ?

Pour certains agriculteurs, comme pour d’autres domaines, il n’est pas envisageable de sortir des sentiers battus. Ils reproduisent des schémas qui ont toujours prouvé leur fonctionnement et leur utilité. Le problème de certains agriculteurs est le fait qu’ils sont complétement dé-corrélés des besoins des citadins. Cela s’exprime jusque dans leur communication, et ce décalage est malheureux car ce sont des personnes qui méritent d’être connues.

Si tu veux faire de l’agriculture, tu fais l’école du coin, un lycée et après tu pars directement dans une formation agricole presque auto-suffisante, souvent avec les même profs dans le milieux. Et ça pour penser autrement, c’est compliqué.

Ils ne transmettent pas le fameux THINK OUT OF THE BOX, de penser aux consommateurs ou encore de challenger l’existant.

Notre chance à Guillaume (cf co-fondateur Agricool) c’est que nous n’avons pas immédiatement fait d’études agricole. Notre principal trait de caractère étant la curiosité et surtout nous n’avons jamais été dogmatiques et cela se traduit par le fait de ne jamais accepter les idées reçues.

J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont partagé beaucoup de choses, nous ont ouverts à beaucoup de sujets. Mon père ne m’a jamais mis de pression directe ou indirecte à le suivre dans son métier d’agriculteur. Je ne les remercierai jamais assez de ne pas m’avoir formaté.

Ceux que j’ai croisé qui créent ou qui sont disruptifs sont ceux qui sortent de leur zone de confort, ils ont d’une façon ou d’une autre été chercher le risque, ils se sont confrontés à la réalité

 

Gonzague Gru

Co-fondateur, Agricool

Alors selon vous, Agricool, explorateurs ou pas explorateurs ? Dites le nous en commentaire !

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